08.07.2006

L’ère des compromissions

Ce n’est pas qu’il n’y en avait pas eu auparavant. La toute première étant sans doute d’incorporer des résultats de mon maitre de stage dans ma thèse (quelque chose qui se fait couramment entre encadreur et encadrés lorsqu’ils ne se sont pas (encore) brouillés. Faites-moi penser de plaider ma défense sur ce sujet aussi.
Je me suis donc vautrée à encadrer une étudiante sur des techniques que je ne connaissais pas. J’ai plus d’une fois dit avec ironie la vérité, à savoir que c’était elle qui m’encadrait. Cette personne jouissait d’une aura extraordinaire liée à une mention très bien au baccalauréat (si, si, cela compte encore dans certains milieux) et à sa fréquentation d’une très grande école en plus de son rire véritablement aguicheur. En ce qui me concerne les passe-droit dont j’avais bénéficié avaient quelque peu entamé ma popularité. Pour essayer de rattraper les choses, je me suis placée au service de cette étudiante, je l’ai épaulée tant que j’ai pu. Si cela peut me consoler, elle aussi a bénéficié de passe-droits, a obtenu un poste, pour travailler avec moi, ce que je croyais naivement. C’est ainsi qu’elle a hérité de l’une des trois étudiantes en DEA simultanées. Pour faire bref, elle a rejeté cette étudiante que j’ai reprise sous mon aile protectrice, puis elle me l’a de nouveau reprise juste après mon HDR, avec la complicité du mandarin.
Je payais la compromission qui avait consisté, lors de mon exposé, à présenter les choses comme si j’avais encadré « sans mais » la première étudiante. Mais comment faire autrement quand on n’a que des mais ?
Lors de cette HDR, j’avais atteint le sommet de ma carrière. Puis de compromissions en reproches injustifiés, de terreurs en laxismes, j’ai continué à dégringoler

06.07.2006

La semaine de vacances qui me tua (ou me sauva)

Je peux dater avec précision cette semaine de février 19.. : c’était après mon HDR.
HDR : habilitation à diriger des recherches.
La condition principale pour avoir le droit de diriger des recherches, c’est d’en avoir déjà dirigées.
En jeune brillante que j’étais alors je me débarrassai précocément de cette formalité.
Pas facile cependant cette formalité. Comment justifier de tous les encadrements-mais que j’avais à mon actif ?
Forcément j’ai du pecher et je m’en aperçus dès mon retour de vacances une semaine plus tard.
Une réunion avait eu lieu sans moi avec une étudiante dont j’avais acceptè la responsabilité de la thèse en apposant ma signature sur les documents officiels comme co-encadrante (avec la mandarin puisque je n’avais pas encore mon HDR).
Quand j’essaie d’expliquer la situation, je me heurte à tellement de « mais » que mes interlocuteurs ouvrent des yeux ébahis.
Tout avait commencé cinq ans plus tot, alors que j’avais osé exprimer mon envie d’encadrer des stagiaires.
En général, les réponses à mes desiderata ont toujours comporté des pièges.
On m’offrit donc d’encadrer une étudiante qui par hasard allait travailler sur mon sujet avec des techniques que je ne maitrisais pas. Et sottement j’acceptai. J’ai donc encadré sans encadrer une étudiante, sur des techniques que je ne connaissais pas, tout était donc terriblement mal parti...
Si vous lisez des témoignages de personnes qui se plaignent d’avoir été bombardées chef contre leur gré, vous pourrez reconnaitre les similitudes de la situation. Sachez que tout le monde est sollicité à des compromissions mais qu’il existe toujours la possibilité de dire non. Je ne le savais pas à l’époque.

04.07.2006

Tout chercheur d’un certain niveau est débordé

J’excepte mon mandarin favori dont j’ai vanté la maitrise du temps.
Tiens puis aussi mon harceleur favori, dont je me suis toujours demandé ce qu’il faisait dans ses douze heures de présence.
Et moi, mais suis-je bien un chercheur d’un certain niveau ?
De digression en digression, j’en viens à préciser que je n’écris pas cela sur mon ordinateur du travail pendant mes trente cinq heures syndicales. Et que pourtant, il s’en est fallu de peu pour que cela arrive, si j’avais attendu quelques mois de trop mon évasion.
A quoi reconnait-on un chercheur aigri ? C’est le seul (et hélas non car ils se multiplient) à n’etre pas débordé.
Fin de la parenthèse.
Ainsi donc telle chercheuse brillante et agréable ayant atteint des sommets est trop souvent surprise à manquer d’inattention. Pour ma part, je me contente de ses Ca va ? qui n’attendent pas de réponse, sachant qu’elle fait bien son travail politique par ailleurs.
Tel autre qui est expert à l’ANR (un groupe de copains qui distribue l’argent aux projets, oups je ne devrais pas etre aussi caustique, l’ANR fait de son mieux, bien sur !). ANR : agence nationale de la recherche, n’est plus que très rarement accessible, car toujours par monts et par vaux. Il se plaint d’ailleurs d’etre sollicité pour écrire des revues, ce qui empiète encore sur son temps.
Les revues : encore un honneur qui ne se refuse pas. Passé un certain niveau, avoir la possibilité d’influencer la façon de voir son sujet, en faisant passer ses vues, son analyse et sa synthèse. Lorsqu’on commence à etre connu, il arrive que l’éditeur d’un journal scientifique-en-anglais sollicite une revue, c’est à dire un état des lieux sur un sujet. Il s’agit donc d’un article ayant toutes les chances d’etre accepté, ce qui est aussi une aubaine à ne pas laisser passer (surtout pour les français qui copinent peu avec les éditeurs des revues les plus prestigieuses).
Tout chercheur senior se voit déborder à sa manière : par ses étudiants, ses cours, son encadrement, ses séminaires, ses revues de thèse, ses congrès, ses projets, ses publications, ses collaborations, ses demandes de crédits, en un mot comme en cent, ce qui fait que le chercheur se déborde, c’est la « nécessité » d’assurer sa carrière. Son ambition meme est son plus grand frein. Certains en réchappent.

02.07.2006

Le principe de Peter

Parmi les raisons qui ont fait manquer le prix Nobel à mon sujet d’observation favori (mon mandarin), l’une d’elle que je porte totalement à son crédit, est un manque d’implication politique.
Il ne s’est jamais embarqué dans la politique outre celle qui peut se jouer dans les organismes de recherche (et qui a son époque était sans doute plus modérée que de nos jours).
Actuellement, le chercheur qui réussit se doit d’aller « grenouiller » un peu partout.
Et tout d’abord à la faculté ce qui lui permet de rencontrer énormément de monde localement, de se faire un nom (je ne porte pas de jugement de valeur là-dessus, nous en reparlerons, parce que ma fréquentation croissante des maitres de conférence me conduit à les estimer de plus en plus).
Le second lieu où il fait bon etre connu est les commissions d’evaluation des prestigieux organismes de recherche. On peut y entrer grace a son merite scientifique (et dans ce domaine un coup de pouce d’un ainé peut etre appréciable), ou plus simplement par la voie syndicale. Il est vrai que les membres nommes ont tout de meme plus de prestige que les membres elus !
Cela se complète avec les jurys d’examen, les commissions de recrutement, les commissions de spécialistes pour les recrutements à la faculté, les commissions de la recherche, j’en oublie certainement car moi qui vous cause je peux me vanter de n’avoir pas encore grenouillé dans ces eaux-là. Un jour, il faudra que je vous dise mon age pour situer...
Dans ces jurys, on rencontre les copains, on se tient au courant de la politique et des travaux des collègues, on brille en société, tout en fournissant un énorme travail inutile à ... allez... 95%.
Car une qualité qu’il faut bien reconnaitre à ceux qui gravitent dans le monde de la recherche, est leur puissance de travail.
Avec tout ce préambule, je n’ai encore pas abordé le principe de Peter, mais vous voyez où je veux en venir ?

01.07.2006

Les nanotechnologies

Si l’on vous parle des bienfaits des nanotechnologies, essayez d’en savoir plus. Essayez d’avoir une réponse qui va au delà de : « C’est une formidable aventure ». Reprenez-moi si j’ai mal compris mais il s’agit de miniaturiser à l’extreme des procédés biologiques appliqués par ailleurs. Donc éventuellement d’avoir une réponse plus rapide, plus fiable, plus ambulatoire. Ce que nous proposent les puces à ADN et autres laboratoires sur puce, ne va pas au delà d’une amélioration dans le diagnostic. Quand on vous parle de role dans le cancer, voyez s’il s’agit d’un peu plus que de détecter un facteur de risque ou une susceptibilité familiale (génétique). L’eugénisme n’est pas loin. Pour moi les nanotechnologies ne sont qu’un moyen à terme d’aider Big Brother. Bienvenue à Gattaca n’est plus de la fiction. On pourra utiliser les empreintes génétiques de quelqu’un pour le flicker, au mieux choisir un traitement plus adapté, au pire ne pas le traiter. C’est ainsi que sous prétexte de traiter le cancer, on va placer les individus sous controle.
Bien sur je peux me tromper : ma qualité principale de chercheuse est le doute scientifique que je maintiens constamment devant moi. Et cela vaut pour l’issue de la recherche fondamentale elle-meme. Peut-etre que par hasard, au décours d’une expérience visant tout autre chose, une découverte clé aura lieu qui n’était meme pas envisageable, du domaine de l’inespéré. Cela justifie, peut-etre, le maintien d’une recherche fondamentale ayant pour seul but d’inventer, d’innover, et, il faut bien le dire, de s’amuser...
Pourtant, il faut bien le dire, il est rare que les chercheurs s’amusent...

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