22.08.2007
Le pépins de la colère
J'ai encore une grande colère contre la recherche, et je dois l'évacuer pour pouvoir aller de l'avant.
J'ai déjà parlé, mais il y a bien longtemps que je n'ai pas écrit, du mensonge, du pouvoir, des compromissions. Sans doute dois-je en rajouter encore une couche...
Et il est nécessaire de mettre tout cela en perspective de ce que je suis.
Une psychanalyse de chercheur...
Deux points notables :
1- j'ai voulu entreprendre des études brillantes pour être enfin vue par ma famille paternelle et
2- j'ai longtemps cru que tout le monde m'attendait puisque ma mère attendait tellement de ma naissance
La première tricherie dont j'accuse mon mandarin, c'est d'avoir réussi le prodige d'obliger les étudiants à apprendre ses cours, car l'examen dans sa matière était avancé en février. Il paraît que j'ai eu une bonne note ce qui m'a valu d'être sélectionnée pour un stage qu'il proposait dans son laboratoire. Mais je crois que c'est pour la légende, car il offrait un stage à tous les étudiants qui le sollicitaient.
A propos de légende, on disait déjà à cette époque qu'il était nobélisable. Ensuite, il le sera de moins en moins.
Légende toujours, il prétendait interdire à ses chercheurs de prendre des vacances, et en faisait tout un cinéma, en riant sous cape avec sa secrétaire. Laquelle avait dû trouver le prétexte d'un bus à prendre pour partir à l'heure.
Il plaçait ses pions sur l'échiquier des carrières, sans se soucier de l'avis des intéressés. Certains (d'autres) ont su protester.
Il mentait pour attirer de bons étudiants en leur promettant une bourse sans leur préciser qu'ils ne l'obtiendraient que deux ans plus tard. Cette filière a fini par être démantelée.
Quand je suis arrivée, une chercheuse venait de déménager si bien que j'ai cru naïvement, devant les tiroirs presque vides, que l'on m'attendait. Là encore j'ai eu droit au cinéma habituel selon lequel on me faisait l'honneur de me confier un sujet que je ne pouvais pas décevoir. J'ai cru avoir de l'importance jusqu'à ce que je vois le procédé se répéter d'année en année chez les stagiaires successifs. Accueil, brieffing, paternage, rejet.
20:54 Publié dans Aigreurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : psychanalyse de chercheur, pepins de la colere
La recherche une question de pouvoir...
Plus on se détache et plus on observe le système.
La recherche comme partout peut-être, c'est une question de pouvoir...
Bien sûr on entend de temps à autre de belles histoires : tel chef de labo qui demandait à ses chercheurs de se charger des basses besognes pour que les étudiants puissent aller de l'avant.
Tel autre "gentil garçon" qui se chargeait lui-même des expéditions de ses réactifs très demandés, mais qui n'a rien publié depuis... depuis...
Telle bonne personne qui sait si bien valoriser l'autre mais qui garde le contrôle absolu sur tout.
J'ai demandé à une collègue en fin de carrière de me citer les noms des scientifiques qu'elle admirait et elle n'a trouvé qu'un seul nom. Et encore elle l'admirait sur le plan scientifique seulement.
J'ai retenu qu'il était très déplorable pour un chercheur, et que c'était sans doute une faute professionnelle, de n'avoir pas assez d'ambition. Ainsi, il faut se soucier de faire avancer son dossier, de demander ses avancements pendant qu'on est jeune brillant car on devient vite trop vieux, il faut à tout prix publier ses résultats chaque année pour faire avancer son facteur H, se montrer dans les congrès avec forcément de nouveaux résultats, en un mot comme en cent, pagayer plus vite que le courant.
Et ce n'est pas tout, il faut se soucier de la carrière de ses voisins, car c'est tous ensemble qu'on avance n'est-ce pas ? Ainsi on fera comme si la thèse s'était bien passée pour l'avancement du co-directeur, puis on acceptera de n'avoir pas la place méritée dans la publication - à charge de revanche - et on ne réclamera pas trop tôt le senior autoring (dernier nom dans l'article) pour la carrière du mandarin.
Puisque les idées viennent ici en vrac, je me rappelle avoir collaboré avec un patron américain. Son nom parmi les auteurs a fait que l'article n'a jamais été refusé même s'il est revenu au moins six fois pour correction. Le lecteur en déduira ce qu'il veut en déduire.
La carrière de chercheur est à la fois trop longue et trop courte. Trop longue pour les ex-brillants qui sont aigris à quarante ans et tuent le temps jusqu'à la retraite. Trop courte pour les chefs de labo qui ont dû attendre si longtemps que les mandarins finissent par être chassés par le système, et qui bloqueront à leur tour la promotion de leurs jeunes brillants.
Pour les autres, ceux qui s'accrochent ou ceux qui renoncent, il reste à subir les chefs qui se la jouent, ou la solitude du coureur de fond qui est passé en dessous de la masse critique.
20:32 Publié dans Aigreurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : facteur H, pouvoir, recherche

