21.02.2008

ANR : la recherche française s'arrête en février

Cette année, j'ai sacrifié comme beaucoup de mes collègues à l'action du mois : la rédaction d'un projet de travail pour une demande de crédits à l'Agence Nationale de la Recherche (ANR).
Le statut du chercheur français rejoint celui de ses collègues étrangers et notamment américains en cela qu'il doit faire ses demandes de "grants" pour financer ses projets.
Ces "grants" permettent de financer des postes en contrat à durée déterminée (chercheur, technicien) et repoussent d'autant l'accès des heureux élus à un emploi stable. Mais ce n'est pas le sujet du jour.
Le sujet du jour est que partout, on rédige, on se réunit, on remplit des tableaux de budgets, on définit des "livrables", bref on perd un temps précieux qui n'est pas utilisé à faire avancer les connaissances ni la science.
Les urgences sont repoussées à mars, donc on peut penser que le travail normal pourra reprendre en avril.
Outre cette immense perte de temps généralisée pour le chercheur qui n'est pas crédible s'il n'a pas déposé une demande ANR (s'il ne le fait pas il est soit un électron libre, soit un incapable), une immense perte de temps généralisée va s'en suivre dans la phase d'évaluation de ces demandes par les commissions ad hoc, qui sera suivi par les réunions pour définir la politique scientifique de l'ANR 2009.
Et si l'on a le bonheur de recueillir cette manne, il faudra rendre des rapports d'avancement intermédiaire détaillés et rendre les "livrables".
C'est ainsi que la recherche se retrouve tronçonnée dans le temps par les impératifs de demandes budgétaires, et tronçonnée en objectifs particuliers qui doivent aboutir à des produits finis livrables (traduction de l'anglais deliverable) par le consortium qui a fait la demande.
Oui, ce n'est rien moins qu'un consortium qui va mettre sa force de frappe dans le recueil de la manne, ce qui exclut tous les chercheurs isolés, tous les indépendants, tous les électrons libres (comme le dit une collègue, dans électron libre, il y a libre - et il faut ajouter, mais fauché).

01.07.2006

Les nanotechnologies

Si l’on vous parle des bienfaits des nanotechnologies, essayez d’en savoir plus. Essayez d’avoir une réponse qui va au delà de : « C’est une formidable aventure ». Reprenez-moi si j’ai mal compris mais il s’agit de miniaturiser à l’extreme des procédés biologiques appliqués par ailleurs. Donc éventuellement d’avoir une réponse plus rapide, plus fiable, plus ambulatoire. Ce que nous proposent les puces à ADN et autres laboratoires sur puce, ne va pas au delà d’une amélioration dans le diagnostic. Quand on vous parle de role dans le cancer, voyez s’il s’agit d’un peu plus que de détecter un facteur de risque ou une susceptibilité familiale (génétique). L’eugénisme n’est pas loin. Pour moi les nanotechnologies ne sont qu’un moyen à terme d’aider Big Brother. Bienvenue à Gattaca n’est plus de la fiction. On pourra utiliser les empreintes génétiques de quelqu’un pour le flicker, au mieux choisir un traitement plus adapté, au pire ne pas le traiter. C’est ainsi que sous prétexte de traiter le cancer, on va placer les individus sous controle.
Bien sur je peux me tromper : ma qualité principale de chercheuse est le doute scientifique que je maintiens constamment devant moi. Et cela vaut pour l’issue de la recherche fondamentale elle-meme. Peut-etre que par hasard, au décours d’une expérience visant tout autre chose, une découverte clé aura lieu qui n’était meme pas envisageable, du domaine de l’inespéré. Cela justifie, peut-etre, le maintien d’une recherche fondamentale ayant pour seul but d’inventer, d’innover, et, il faut bien le dire, de s’amuser...
Pourtant, il faut bien le dire, il est rare que les chercheurs s’amusent...