26.09.2007

Les renoncements nécessaires

La rédaction de ce blog m'a fait du bien.

Je peux maintenant côtoyer sans trop de souffrance les rangs A (directeurs de recherche et autres professeurs), et ne pas recevoir de coup de poignard trop aigu dans le coeur lorsque j'apprends que des camarades de promotion sont professeurs des hôpitaux.

La libération doit pour beaucoup au fait d'avoir décidé de renoncer :
- renoncer à faire mention dans mon cv que j'avais autrefois suivi des études médicales (et donc renoncer à imaginer une situation qui combinerait mes capacités). Le fait est que je suis hors du circuit et que même si j'étais dans le circuit, je n'ai pas les capacités politiques pour briguer un poste hospitalier.
- renoncer à me présenter au concours de directeur de recherche de mon organisme employeur. C'est extraordinaire comme ce renoncement m'a libérée. Il faut ici que je parle de ma peur, entretenue par une longue fréquentation des brimeurs de tous genres. Ne pas se présenter, cela veut dire négliger sa carrière, ô le crime ! Dans mon ancien labo, il est certain que j'aurais subi des pressions pour me présenter quand même et que je n'aurais pas osé désobéir. Ainsi donc, je ne perds pas de temps à rédiger un dossier inutile, ni à me présenter devant une commission qui se permet de disposer de notre temps et d'avoir deux heures de retard dans les auditions, pour finalement se retrancher derrière des critères clairs pour ne pas me classer : je n'ai pas d'équipe.
Et puis, actuellement, je touche un salaire de 2966 euros net, et je n'ai pas tout à fait atteint le dernier échelon, je trouve que c'est un bon salaire pour 35 heures avec un travail varié, amusant, et quelques petits voyages professionnels en prime. En plus, c'est une conviction personnelle de dire que le fait d'avoir fait des études longues ne devrait pas permettre de toucher un salaire plus de deux fois supérieur à celui de ceux qui n'ont pas fait d'études, et on est encore loin du smic à 1500 euros (au fait, je suis en France).
- renoncer à publier : l'idée prend de plus en plus de consistance dans ma tête. Connaissez-vous le facteur H ? C'est une sorte de médiane entre le nombre de publications et leur indice de citation. Eh bien, c'est mathématique, ce facteur croît tout seul au fur et à mesure que le temps passe. L'analyse des citations permet de constater que certains articles, qu'on a passé des années à réussir à publier, ne sont presque pas cités. Ce qui veut dire : que soit ils n'ont même pas été lus et c'est le plus probable, soit ils n'intéressent personne. Cela fait réfléchir. Essayer de publier un article pendant une année, cela veut dire une énorme énergie gaspillée, le découragement, et pendant ce temps, on ne peut pas aller de l'avant, passer à autre chose, et on se rend de plus en plus compte des faiblesses de l'article, puisque la vérité scientifique est malheureusement difficile à figer.
- renoncer à breveter : dernièrement, je me suis tournée vers des critères qualité dans la rédaction de mes cahiers d'expériences, en ayant en vue un brevet éventuel. Seulement voilà. La connaissance est à tous. Je ne veux pas limiter l'accès à mon travail par des contraintes financières. Et puis, les organismes qui ne m'ont pas aidée, je ne vois pas pourquoi ils bénéficieraient de la retombée de mes travaux. Ne croyez pas non plus qu'il s'agit de découvertes extraordinaires, simplement d'avancées qui pourraient être utiles à d'autres.

Le renoncement est un formidable tremplin qui permet d'avancer !

22.08.2007

Le pépins de la colère

J'ai encore une grande colère contre la recherche, et je dois l'évacuer pour pouvoir aller de l'avant.

J'ai déjà parlé, mais il y a bien longtemps que je n'ai pas écrit, du mensonge, du pouvoir, des compromissions. Sans doute dois-je en rajouter encore une couche...

Et il est nécessaire de mettre tout cela en perspective de ce que je suis.

Une psychanalyse de chercheur...

Deux points notables :
1- j'ai voulu entreprendre des études brillantes pour être enfin vue par ma famille paternelle et
2- j'ai longtemps cru que tout le monde m'attendait puisque ma mère attendait tellement de ma naissance

La première tricherie dont j'accuse mon mandarin, c'est d'avoir réussi le prodige d'obliger les étudiants à apprendre ses cours, car l'examen dans sa matière était avancé en février. Il paraît que j'ai eu une bonne note ce qui m'a valu d'être sélectionnée pour un stage qu'il proposait dans son laboratoire. Mais je crois que c'est pour la légende, car il offrait un stage à tous les étudiants qui le sollicitaient.

A propos de légende, on disait déjà à cette époque qu'il était nobélisable. Ensuite, il le sera de moins en moins.

Légende toujours, il prétendait interdire à ses chercheurs de prendre des vacances, et en faisait tout un cinéma, en riant sous cape avec sa secrétaire. Laquelle avait dû trouver le prétexte d'un bus à prendre pour partir à l'heure.

Il plaçait ses pions sur l'échiquier des carrières, sans se soucier de l'avis des intéressés. Certains (d'autres) ont su protester.

Il mentait pour attirer de bons étudiants en leur promettant une bourse sans leur préciser qu'ils ne l'obtiendraient que deux ans plus tard. Cette filière a fini par être démantelée.

Quand je suis arrivée, une chercheuse venait de déménager si bien que j'ai cru naïvement, devant les tiroirs presque vides, que l'on m'attendait. Là encore j'ai eu droit au cinéma habituel selon lequel on me faisait l'honneur de me confier un sujet que je ne pouvais pas décevoir. J'ai cru avoir de l'importance jusqu'à ce que je vois le procédé se répéter d'année en année chez les stagiaires successifs. Accueil, brieffing, paternage, rejet.