22.08.2007
La recherche une question de pouvoir...
Plus on se détache et plus on observe le système.
La recherche comme partout peut-être, c'est une question de pouvoir...
Bien sûr on entend de temps à autre de belles histoires : tel chef de labo qui demandait à ses chercheurs de se charger des basses besognes pour que les étudiants puissent aller de l'avant.
Tel autre "gentil garçon" qui se chargeait lui-même des expéditions de ses réactifs très demandés, mais qui n'a rien publié depuis... depuis...
Telle bonne personne qui sait si bien valoriser l'autre mais qui garde le contrôle absolu sur tout.
J'ai demandé à une collègue en fin de carrière de me citer les noms des scientifiques qu'elle admirait et elle n'a trouvé qu'un seul nom. Et encore elle l'admirait sur le plan scientifique seulement.
J'ai retenu qu'il était très déplorable pour un chercheur, et que c'était sans doute une faute professionnelle, de n'avoir pas assez d'ambition. Ainsi, il faut se soucier de faire avancer son dossier, de demander ses avancements pendant qu'on est jeune brillant car on devient vite trop vieux, il faut à tout prix publier ses résultats chaque année pour faire avancer son facteur H, se montrer dans les congrès avec forcément de nouveaux résultats, en un mot comme en cent, pagayer plus vite que le courant.
Et ce n'est pas tout, il faut se soucier de la carrière de ses voisins, car c'est tous ensemble qu'on avance n'est-ce pas ? Ainsi on fera comme si la thèse s'était bien passée pour l'avancement du co-directeur, puis on acceptera de n'avoir pas la place méritée dans la publication - à charge de revanche - et on ne réclamera pas trop tôt le senior autoring (dernier nom dans l'article) pour la carrière du mandarin.
Puisque les idées viennent ici en vrac, je me rappelle avoir collaboré avec un patron américain. Son nom parmi les auteurs a fait que l'article n'a jamais été refusé même s'il est revenu au moins six fois pour correction. Le lecteur en déduira ce qu'il veut en déduire.
La carrière de chercheur est à la fois trop longue et trop courte. Trop longue pour les ex-brillants qui sont aigris à quarante ans et tuent le temps jusqu'à la retraite. Trop courte pour les chefs de labo qui ont dû attendre si longtemps que les mandarins finissent par être chassés par le système, et qui bloqueront à leur tour la promotion de leurs jeunes brillants.
Pour les autres, ceux qui s'accrochent ou ceux qui renoncent, il reste à subir les chefs qui se la jouent, ou la solitude du coureur de fond qui est passé en dessous de la masse critique.
20:32 Publié dans Aigreurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : facteur H, pouvoir, recherche
21.12.2006
Les relations de pouvoir dans la recherche
On aurait pu croire à la note précédente que j'avais touché le fond.
Mais non, le pire était encore devant moi.
J'ai déjà eu dans le passé des relations difficiles sur fond de rivalité, que j'ai déjà évoquées.
Mais qu'en est-il lorsque la rivalité ne peut se dire ?
Je reviendrai sur le cas précis qui m'occupe mais je voudrais donner quelques exemples de relations de pouvoir.
1- Le chef qui se la joue
Sa technique consiste à agresser l'adversaire (le subordonné). En se montrant toujours plus intelligent. L'exemple le plus fréquent où le chef peut exercer le pouvoir est la rédaction des articles. En effet, il est très facile d'apporter des corrections pertinentes sur un texte et les chefs ne s'en privent pas. Cela permet de justifier leur participation comme auteur, et trop longtemps même comme dernier auteur (la tête pensante). Tandis que les autres ont trimé parfois 12 heures par jour, debout, piétinant, dans les chambres froides, le chef, confortablement assis devant son ordinateur, va surligner des passages, inverser des mots, mettre en question la pertinence des termes. Il en faut de ces corrections, me direz-vous.
Deuxième exemple, les réunions de travail bipartites. Elles permettent au chef de maintenir le subordonné dans la dépendance de celui qui vient rendre des comptes. Là encore, c'est trop facile lorsqu'on n'est pas celui qui trime, de faire une suggestion judicieuse, et parmi celles-ci, la fameuse : ya qu'à. Ou "pourquoi tu n'as pas ?" Le chef tire cette injonction de son expérience personnelle, datant du temps où c'était plus facile. Ya qu'à essayer telle ou telle solution, ce sera peut-être le miracle, mais plus probablement, cela permettra de perdre encore d'autres jours et d'autres mois sans résultats.
Troisième exemple, la présentation des résultats à l'extérieur. Le chef se pose sans concertation comme celui qui a le savoir faire nécessaire pour mieux faire passer le message et la promotion du travail. Il réagit en celà à son propre mal-être où il a été trop longtemps relégué dans une position subalterne, et pour rien au monde, il ne cessera de reléguer les autres dans une position subalterne.
2- Le chercheur qui se la garde
Je m'explique. Au lieu de transmettre ce qu'il sait, le chercheur va garder le contôle. Au lieu d'enseigner, il va proposer de faire à la place, mais il ne donnera jamais ses sources en entier, il s'arrangera pour que la "manip" ne puisse être reproduite sans lui, pour que le protocole reste confidentiel, bref pour se rendre indispensable.
10:18 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pouvoir, recherche, chef
05.11.2006
Résultat des courses
Il me saute à la figure que finalement je ne suis pas faite pour ce métier.
Je n'ai rien choisi, je l'ai déjà dit, je n'ai fait que suivre le mouvement.
Il fut un temps sans doute prématuré, où j'étais capable : animer un groupe, encadrer de nombreux stagiaires, des thésards, demander et obtenir des crédits.
Puis tout s'est effondré petit à petit, peut-être parce qu'il ne pouvait en être autrement.
Dans mon nouveau labo, je vois les gens s'incliner et supporter des dictatures que je n'aurais pas acceptées.
J'aurais pu sans doute continuer jusqu'à l'épuisement en disant toujours oui.
Accepter d'être un prête-nom pour encadrer des stagiaires qu'on me retire dès que j'ai le dos tourné.
Etre jusqu'à ma retraite le sauveur des sujets abandonnés et la mère des scientifiques maltraités.
Pourtant le ver était dans le fruit, car je ne savais pas dire non, avec ou sans tact, et je ne savais pas commander.
La conscience aiguë que ce métier était trop dur pour moi m'a amenée sur le divan. J'était tiraillée entre l'absolue nécessité de travailler plus et l'impérieux désir de travailler moins.
Paradoxalement, les choses ont commencé à aller mal quand j'ai commencé à me libérer.
M'absenter deux fois par semaine pour aller chez mon psy, en plein début d'après-midi a été la meilleure et la pire des choses. La meilleure, parce que j'ai commencé à voir que les horaires de travail excessifs n'étaient pas productifs. J'ai vu aussi que ceux qui étaient respectés ne passaient pas tout leur temps au laboratoire, au contraire. Parce que mon psy ouvrait de grands yeux (pour autant que je puisse en juger sans le voir) lorsque je lui disais que je n'avais pas d'horaires de travail.
La pire des choses parce que les stagiaires se sont plaints de n'avoir pas leur esclave volontaire corvéable à merci à disposition. Parce que je suis entrée en conflit avec le nouveau chef qui me reprochait à mots couverts ces absences.
Entre temps il y eut les 35h qui ont coïncidé avec des moments où je me cherchais, où j'ai lu la législation, où j'ai envisagé de passer à temps partiel, et où j'ai découvert les jours de RTT (réduction du temps de travail). Une étape supplémentaire a été d'oser prendre mes RTT.
Je me sens encore un peu coupable de travailler 35h alors que ma collègue est présente douze heures par jour dans le labo et je peux vous assurer qu'elle travaille à fond pendant ses 53 heures hebdomadaires.
Pour en revenir à la dégringolade, mon ancien mandarin avait raison quand il voulait que je prenne un nouveau stagiaire que j'ai refusé, ce qui m'a valu les remontrances les plus injustes du monde, voir une note précédente. Question de masse critique. Quand mon dernier étudiant en DEA n'a pas eu de bourse, je me suis retrouvée seule. Seule au monde, car sous prétexte de vouloir m'aider, le nouveau directeur m'a rogné toutes les ailes : veto sur mes projets, menaces sur mes commandes, abus d'autorité, incompréhension totale, suppression de tout dialogue.
Je n'y arrive pas et pourtant je vois que c'est possible. D'autres y arrivent. D'autres peuvent dialoguer avec un directeur qu'ils méprisent. D'autres peuvent obtenir des soutiens ici et là. D'autres arrivent à feindre que tout va bien et ça marche. D'autres fédèrent leurs amis autour d'eux, d'autres obtiennent des postes en jouant le jeu. D'autres se battent pour obtenir des étudiants, et y parviennent. D'autres ont des sujets où les demandes de crédits aboutissent. D'autres sont conseillés.
Il y a sûrement quelque chose qui cloche en moi. J'ai le sentiment aigu qu'il est interdit de se plaindre, qu'il faut toujours feindre, que je ne peux confier mon désarroi à personne. Quand je l'ai fait, la situation est devenue encore plus catastrophique. J'ai l'impression que je n'ai plus l'énergie nécessaire pour m'arracher, écrire des demandes de crédits en enjolivant la situation, encadrer des étudiants médiocres qui ont beaucoup de chance de ne pas rester, remuer des montagnes en animant des collaborations, apprendre de nouvelles techniques, tout en faisant avancer seule des projets auxquels je m'accroche, peut-être à tort.
J'ai perdu la foi, et c'est épouvantable.
Je me suis évadée mais je suis toujours prisonnière.
Dernièrement, lors de mon entrevue avec mon chef, j'étais tentée de lui dire tout mon malaise. Mais je me suis rappelée d'un abus de pouvoir dont je venais d'être témoin, et de mon expérience catastrophique avec mon chef précédent. J'ai donc réalisé un exercice de style que les chercheurs pratiquent chaque jour et dans lequel je me débrouille encore. J'ai fait celle qui est sûre d'elle, prête à innover, prête à encadrer, prête à demander des crédits, prête à avancer sans bras, mûre et réfléchie...
Et pourtant, j'ai tant envie de pleurer, je suis si fatiguée. Qui peut me comprendre, celui qui feint et qui se bat ? Celui à qui le destin sourit ? Celui à qui l'on fait confiance ? Celui qui fait les bons choix ? Celui qui sait aller vers les autres ?
Pourtant j'étais promise à une carrière radieuse. Enfin peut-être.
J'en envie de dire enfin la vérité. Vous allez rire de la part d'une future ex-excellente.
J'ai du mal à m'arracher tout d'abord parce qu'on m'a reléguée dans une pièce où je ne suis pas intégrée. Elle appartient à un laboratoire dont je ne fais pas partie. Les thésards y sont les rois. Quand je suis arrivée, on a commencé par tout me prendre, le matériel qui devait me revenir d'une personne qui partait à la retraite. Je n'ai rien dit pour ne pas pleurnicher, et j'ai pleuré, pleurééééé !!!!
A côté de ma paillasse, il y a un post-doc qui ne m'adresse pas la parole. Tout ce joli monde a des réunions ensemble, rit ensemble, et moi je suis toute seule. Sensée utiliser le matériel commun dont celui que l'on m'a pris.
J'ai du mal à m'arracher parce que l'été arrivant, mes projets en cours se soldaient tous par un constat d'échec. Obligée de recommencer tout à zéro, et toute seule. Echecs sur échecs.
Du mal à m'arracher parce que les publications que j'écris quand même (du réchauffé) sont en collaboration et que mes collaborateurs et moi n'ont pas forcément les mêmes valeurs, ni les mêmes disponibilités, et parce que le temps court et que les dates limites approchent, et que j'ai beaucoup de doutes sur l'utilité de tout cela.
Du mal à m'arracher parce que le constat est là et bien net, que je n'ai pas les qualités requises pour devenir directeur de recherche. Je n'ai pas d'équipe et je ne souhaite même plus en avoir. Je n'ai pas de crédits et je ne souhaite même plus en demander. Je n'ai pas d'étudiant et ça me fatigue de devoir en traîner avec moi. Parce que je n'ai pas envie de feindre, ni d'enjoliver mes résultats, ni de faire mousser mon travail qui ne mousse pas.
Parce que je baisse les bras et que je renonce. Parce que je doute même sur le bien fondé de poursuivre mon sujet auquel je tenais tant et sur lequel j'étais un (petit) peu connue.
15:34 Publié dans Aigreurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : malaise, recherche
08.10.2006
Les brimades de l'administration
Il est bien loin le temps des abus et des caisses noires.
Le chercheur est désormais contrôlé.
Par exemple, il n'a pas le droit de manger les sandwich TGV.
Certes il est remboursé lorsqu'il se déplace pour aller passer des concours.
Mais, s'il a droit de passer plusieurs concours par an, il ne sera remboursé qu'une seule fois.
Eh oui, pas moyen d'aller faire du tourisme à Paris sur le compte du contribuable.
Une fois, je m'en souviens, j'avais combiné (je suis la reine de la combine) d'associer un congrès et un concours.
Mais ce n'est pas comme cela que ça marche.
On ne peut être remboursé pour un hôtel lorsqu'on va passer un concours.
On ne mélange pas les genres. Il vaut mieux se lever à 4h du mat pour prendre le TGV en étant rentré à 23h la veille. Même si cela coûte plus cher que l'hôtel.
On ne voyage pas en première classe car on risquerait de prendre la grosse tête.
Ou de trahir des secrets d'état dans le wagon.
Moralité, on doit se contenter d'avoir un métier prestigieux. Et de ramer.
22:04 Publié dans Aigreurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Témoignages, recherche, administration, brimades

